Comment envisager l’avenir du poker ?

Le sujet inquiète autant qu’il passionne les acteurs du marché qui fonctionnent grâce au poker. Que ce soit les grands groupes, les sociétés indépendantes, les organisateurs ou les sponsors, le point d’interrogation est énorme aujourd’hui : que va-t-il advenir du poker ? Faut-il spéculer jusqu’à faire éclater la bulle ? Voyons ensemble les chroniques du cycle de vie de ce jeu mythique qu’est le poker.

Et si on ne parlait pas de mort, mais de mutation ?

Le bras de fer aujourd’hui entre les géants commerciaux et les façons de jouer old-school est féroce. Faut-il encourager le changement, où faut-il juste nuancer ce qu’on a déjà ? Ou alors avons-nous assez de recul pour prétendre que nous sommes arrivés à la perfection de l’art du poker ? Cet immense dilemme se remarque aujourd’hui dans beaucoup de domaines, comme la télévision, la radio, les jeux (même pour jeunes enfants !), où le vieux et le vintage ne sont que des effets de modes qui ne font plus recette.

On assiste à la naissance d’un nouveau monde, d’une nouvelle génération qui sera demain toute-puissante, qui est capricieuse, parce qu’elle a toujours tout eu à portée de clic, que ce soit l’alimentation, les vêtements, le sexe, l’information, tout est surconsommé, quitte à ne pas en avoir besoin. Les plus jeunes ne jurent que par la politique du tout, tout de suite au détriment du goût de l’effort et de la valeur du travail. Pour en revenir à nos moutons, certains experts amoureux du vieux poker sont pessimistes en affirmant que le poker agonise. Et si ce n’était qu’une mutation ? Elle ne conviendrait pas forcément à tout le monde, mais le changement serait peut-être plus positif si on l’envisageait comme tel au lieu de se focaliser sur la mort du vieux poker. Comme on disait dans le temps, « le roi est mort, vive le roi ».

En quoi les clients de poker d’aujourd’hui font les clients de poker de demain ?

Aujourd’hui, pour garder la tête hors de l’eau, les sociétés se consacrent à une course à l’innovation pour s’adapter à la nouvelle demande du client. Les exemples sont nombreux : les hôtels face à Airbnb, les taxis contre les Uber, les nouveaux moyens de consommer poussent les vieux à innover. Soit ça passe, soit ça casse. Les entreprises doivent toujours être prêtes à changer au risque de rester sur le bord de la route à la suite d’un énième affront. Dans ce sens, la concurrence est saine, car on veut être le meilleur et ce moteur permet aux cerveaux de bouillonner et de sortir des idées qui méritent toutes qu’on s’y attarde.

Pour les « vieilles » entreprises, faire face aux jeunes concurrents peut être une opportunité de rester jeune et d’apporter l’expérience en plus de l’innovation aux clients en demande. Les clients choisiront alors l’expérience et feront plus confiance à un vieux qui s’adapte qu’à un jeune arriviste, et tout le processus se transforme en cercle vertueux. La vraie question, c’est : « est-ce que les acteurs du poker comprennent les enjeux et les attentes des clients ? » et « Peuvent-ils anticiper les demandes de demain ? »

Les entreprises doivent se forcer à pousser l’analyse. Il faut se rappeler que le client est au centre, il faut adapter son offre en fonction, et non l’inverse. Aujourd’hui, le client n’est pas roi, il consomme ce qu’on lui donne, mais il en a marre d’être pris littéralement pour un pigeon. Qu’est-ce que les clients veulent, mais n’ont pas ? Quels sont leurs rêves, quel est l’essentiel pour eux ? Quelles sont leurs valeurs ? Ces critères permettront de fixer les curseurs pour adapter l’offre. Contrairement à la pensée actuelle, le client n’est pas une part de marché que le concurrent n’a pas, ce n’est pas une bankroll ou un ogre insatiable de bonus. Remettons l’humain au centre et peut-être que les sociétés réussiront à installer un climat sain et honnête de confiance mutuelle. Ainsi, les joueurs pourront certainement s’ouvrir plus à la suggestion si on leur donne l’occasion de s’exprimer sur ce qu’ils attendent, et les acteurs offrants n’auront qu’à terminer le travail en faisant preuve d’un peu d’empathie. Une fois que ces demandes seront définies, au boulot, il faudra construire l’offre de demain, celle qui fidélisera les joueurs. Nous avons bien dit joueurs, pas clients.

Nous avons pris les informations pour anticiper le portrait du joueur de demain. Nos prédictions s’appuient sur les plaintes et les attentes de joueurs qui sont étouffées par les grands groupes qui font semblant de rien. Un exemple de problème actuel se situe au niveau du rapport de force de ces groupes. De nombreux joueurs jouant chez PokerStars sont déçus (et c’est un euphémisme, d’après ce qu’on lit sur les forums) de la variation du rake en faveur de l’opérateur et les statuts VIP qui laissent deviner que les clients anciennement qualifiés de « Very Important Person » ne sont plus assez générateurs de revenus pour être récompensés. Bien évidemment, il y aura toujours des mécontents, mais lorsque la tendance générale va dans le même sens, il faut se remettre en question et refondre les vieux principes. Il faudrait que les entreprises identifient clairement leur cible commerciale et marketing.

D’un côté, nous avons les « grinders », qui sont des joueurs qui ne jouent pas pour le plaisir du jeu, mais pour tirer des revenus de leurs parties, et de l’autre, on a le joueur récréationnel. Et dans une troisième catégorie, on a les joueurs professionnels, dont l’activité principale est de jouer au poker.

  • Les joueurs récréationnels sont les plus rentables pour les opérateurs. Le poker est un jeu mystérieux et qui emporte encore un franc succès, malgré la crise qu’il traverse aujourd’hui. Alors quel est le problème de ce profil pour les entreprises de poker ? Ils perdent, se lassent et ne sont qu’une source de revenus temporaire, car, par dépit, ils arrêtent de jouer sur ce site pour aller ailleurs. Pour cela, les grands groupes renommés se font la guerre, alors qu’avant ils formaient un bloc contre l’e-sport et autres jeux vidéo. Le joueur récréatif est changeant et instable. Par définition, il joue pour se distraire et change ses habitudes pour ne pas que la distraction ne devienne ennuyeuse. Les opérateurs ne peuvent pas compter sur lui pour pérenniser la rentabilité de la société.
  • Les grinders sont les mal-aimés des opérateurs. Ils ne cherchent que le profit et les opérateurs ne représentent qu’un support pour eux. L’inconvénient des grinders pour les opérateurs ? Ils affaiblissent les revenus en ramassant tout, sans rien payer (ou presque). Ils sont les « sharks » et font fuir les « fish » récréationnels qui, eux, rapportent.
  • Les pros : dans le futur, ils s’autogéreront, car ils refuseront de dépendre d’un opérateur trop gourmand en taux de rake ou radin en bonus. Ils seront les vraies stars de demain, les Kardashian du poker. Une dynastie puissante élitiste basée sur un château de cartes (littéralement). Et les grands groupes de poker n’auront plus que leurs yeux pour pleurer.

Le futur, pour les spécialistes, c’est la Global Poker League (GPL). C’est une compétition d’un genre nouveau fondé par Alexandre Dreyfus, et qui se veut un peu plus sportive, plus accessible au grand public et qui a aussi pour objectif de convertir des novices enthousiastes mais timides, en démystifiant un peu toute cette jungle. Le GPL, c’est le SuperBowl de demain.

Le poker, de l’argent facile ?

« Les joueurs de demain sont ceux qui apprennent la vie aujourd’hui. Cette fameuse génération Z qui se débrouille toute seule en évitant de reproduire les schémas de ses aînés. »

Oui, il faut arrêter de se voiler la face. Avouez que sans l’appât du gain et la taille de certains enjeux, le poker perdrait toute sa saveur, n’est-ce pas ? Les joueurs de demain sont ceux qui apprennent la vie aujourd’hui. Cette fameuse génération Z qui se débrouille toute seule en évitant de reproduire les schémas de ses aînés. Pour le jeune Z, l’argent n’est plus au centre, car on a épuisé les avantages d’un monde qui ne tourne qu’autour de l’argent. Sans rentrer dans des débats politiques qui n’ont rien à faire ici, l’argent ne sera pas le moteur principal pour les joueurs de poker de demain. Remettre au centre l’expérience, les sensations, l’instant présent, les valeurs de partage et d’empathie, ça sera le moteur (sans tomber dans une utopie « peace and love », l’argent sera présent, mais peut-être moins important). Les jeunes d’aujourd’hui en veulent toujours plus. Ils veulent une révolution culturelle, du divertissement qui trouverait grâce à leurs yeux blasés. Cette jeunesse rebelle qui soupire d’ennui devant Pokémon Go, par exemple. Alors que notre génération s’émerveille des technologies d’aujourd’hui parce que le temps des premières grandes découvertes technologiques n’est pas si loin (consoles de jeux, internet, téléphones portables, etc…).

Est-ce que le poker arrivera à ce tour de force ?

Pas sûr. Les e-sports grignotent peu à peu le terrain du poker. Ce qui donnait de l’adrénaline hier, laisse de glace aujourd’hui. Maintenant, l’adrénaline, c’est Hearthstone, ce jeu de cartes un peu à la sauce de Magic, mais en mille fois mieux, sans enjeu monétaire de base (Blizzard a le don de marquer les époques, décidément. Après World of Warcarft, Hearthstone, Heroes of the Storm pour arriver à l’excellentissime Overwatch, c’est à se demander si Marty Mc Fly ne leur a pas soufflé quelque chose pendant son passage). Eh oui, le poker est statique, les règles sont vues, apprises, digérées, les tactiques sont connues de tous, le stock d’imagination épuisé.

Les e-sports ont eu le temps de se forger et quelque chose me dit que leur succès n’en est qu’à leurs prémices. Twitch deviendra la nouvelle télévision, le WSOP deviendra « vintage » comme on se moque aujourd’hui des passions que « Derrick » emportent. Le poker qu’on connaît fait partie de l’histoire et les parties ne seront plus disputées qu’en souvenir du bon vieux temps. Mais place à la jeunesse ! Le pire, c’est de stagner, par confort, par sécurité. Du challenge, que diable ! Marche ou crève, en gros. Et peut-être qu’en suivant ce cycle de vie, les e-sports deviendront, dans quelques décennies, un divertissement « has been », dont les grands groupes d’alors n’arriveront plus à tirer assez de bénéfices. Qui vivra, verra.